Binationaux : la grande rafle !

Binationaux : la grande rafle !

@ 29 Août 20 516

La CAF a été formelle : les sélections africaines ne disputeront aucun match officiel avant novembre prochain. Motivée par la pandémie, cette décision peut trouver une explication rationnelle. Toutefois, il n’en sera pas de même partout sur la planète foot. Les sélections européennes, elles, joueront bel et bien la Ligue des Nations, malgré un taux de contamination plus élevé qu’en Afrique. Une situation qui pourrait profiter à beaucoup d’entre elles, notamment pour sélectionner des binationaux convoités par leur pays d’origine. Et au fur et à mesure que les listes tombent, le constat se confirme. 

Pour l’Afrique, la perte des talents s’accentue…

Convoité par le Mali, Adama Traoré va bel et bien représenter l’Espagne.
Photo : Onze Mondial

Le Mali aura tout tenté. Convoité depuis 2013, alors qu’il évoluait encore avec les jeunes du FC Barcelone, Adama Traoré va finalement représenter l’Espagne, où il est né. Pourtant, les Aigles n’auront pas lésiné sur les moyens afin de  mettre le grappin sur la pépite. Leur ancienne star Frédéric Kanouté avait même été dépêchée par la Fédération, qui comptait sur l’aura et la parfaite maîtrise de l’espagnol de ce dernier (il a évolué 7 ans au FC Séville) pour convaincre l’ailier de 24 ans, encore hésitant sur son avenir international. Mais rien à faire… Sélectionné pour la double confrontation face à l’Allemagne et l’Ukraine, le joueur portera bien la tunique de la Roja. Idem pour le Bissau-guinéen du FC Barcelone Ansu Fati (17 ans), que l’Espagne s’est empressé de naturaliser après avoir découvert son talent, en novembre 2019. 

Un autre cas, très similaire, concerne de plus près la RDC : également né en 2002, Eduardo Camavinga va goûter à l’équipe de France A. Né à Cabinda d’une mère congolaise et d’un père angolais, le Rennais possédait la nationalité congolaise depuis sa naissance, jusqu’à ce qu’il la perde en novembre dernier, après s’être vu offrir une naturalisation express. Dans son cas, les Léopards ont pourtant tenté leur chance. Au cours d’un live avec nous en avril dernier, Christopher Oualembo nous confirmait avoir contacté l’entourage du jeune prodige avant que ce dernier obtienne la nationalité française.  “Sa mère était très contente de l’intérêt de la RDC mais il réfléchissait encore“ nous avait confié le sélectionneur adjoint. Malheureusement, il était déjà trop tard… 

Quid des Congolais ? 

Landry Dimata est dans la liste de Roberto Martinez
Photo : Sudinfo.be

Hormis Camavinga, les Léopards vont officiellement perdre un autre joueur : Landry Dimata. Le joueur d’Anderlecht, qui a vu le jour à Mbuji-Mayi il y a 22 ans, va représenter la Belgique. Face à son retour en forme (deux buts en trois matchs depuis la reprise), Roberto Martinez ne s’est pas fait prier pour le sélectionner face au Danemark et à l’Islande. Visionnaire, Romelu Lukaku en avait fait son successeur désigné en sélection belge : “Voilà le mec qui va prendre la relève dans deux ans. Il le sait, je l’ai dit” avait déclaré l’attaquant de l’Inter Milan, il y a… deux ans. 

Mais surtout, ce sont les sélections de jeunes qui ont pris d’assaut les binationaux congolais. Ainsi, Ridle Baku (Allemagne), Benoît Badiashile, Timothée Pembele, Nathanaël Mbuku, Arnaud Kalimuendo (France), Orel Mangala, Rocky Bushiri, Mardochée Nzita, Albert Sambi Lokonga, Loïs Openda (Belgique) ont tous été convoqués. Par volonté délibérée de les éloigner de leur pays d’origine ? Non, ne tombons pas dans une paranoïa qui, particulièrement contre-productive, entraverait une remise en question bien nécessaire, et empêcherait le football congolais et africain de tirer les leçons de ces cas frustrants. Qu’il s’agisse des sélections A ou espoirs, ces jeunes ont été sélectionnés pour leur talent.

Toutefois, attention… Ces dernières années, plusieurs binationaux se sont retrouvés “bloqués” après avoir foulé le terrain en match officiel avec une sélection européenne, sans jamais être rappelés. En RDC, on se rappelle le cas d’Ilombe Mboyo, jadis considéré comme un grand talent. Sélectionné avec les Léopards en août 2011 pendant la très infructueuse ère Nouzaret, il disputait un match amical face à la Gambie, perdu 3-0 à Banjul. Mais quelques mois plus tard, le natif de Kinshasa réalise son “rêve” en étant sélectionné avec les Diables Rouges. Appelé pour pallier la blessure de Lukaku, il dispute deux matchs de qualification à la Coupe du Monde 2014, qui résumeront sa carrière internationale.

Le cas “Munir” : un motif d’espoir… ou trop facile ?

L’ailier hispano-marocain du FC Séville, Munir El Haddadi.
Photo : DR

Ces dix dernières années, la FIFA a pourtant facilité la tâche aux sélections africaines sur ce genre de dossier. En effet, les joueurs qui ont évolué dans les sélections jeunes d’un pays ont la possibilité de représenter un autre pays en A depuis 2009. Sans cette règle, Bakambu, Masuaku, Mpoku, Kakuta and co n’auraient jamais pu représenter la RDC. Et depuis 2013, les joueurs n’ayant disputé qu’un match amical avec une sélection A peuvent “switcher” de nationalité sportive. C’est grâce à ce décret que Wilfried Zaha peut porter les couleurs ivoiriennes, ou qu’Anthony Limbombe est encore éligible pour la RDC, malgré un match amical disputé avec la Belgique. Une situation qui profite aussi aux sélections européennes (Diego Costa avec l’Espagne, notamment). Mais aujourd’hui, la FIFA pourrait encore passer l’assouplissant, suite au “cas Munir”.

Formé au FC Barcelone, Munir El Haddadi fait parler de lui en août 2014. Etiquetté “nouveau Messi” après des débuts prometteurs avec le Barça, il est rapidement sélectionné par l’Espagne, son pays de naissance, à 19 ans, malgré l’intérêt du Maroc, son pays d’origine. Il participe à un match qualificatif pour l’Euro 2016, scellant définitivement son avenir avec la Roja. Mais six ans plus tard, Munir est joker au FC Séville, et semble à des lieues de la sélection espagnole. Bien conscient de cela, le joueur clame depuis 2017 son envie de rejoindre les Lions de l’Atlas. Et désormais, la procédure va bientôt rendre son verdict. 

En effet,  la FIFA pourrait désormais permettre aux joueurs de changer de camp, même après avoir joué en match officiel ! Toutefois, certaines conditions spécifiques doivent être remplies : ne pas avoir joué plus de trois matchs avec sa première sélection, et avoir été âgé de moins de 21 ans lors de sa première sélection. Ceci permettrait à Munir, et quelques autres joueurs dans son cas, de faire le fameux “switch”. Le congrès de la FIFA qui doit trancher sur ce point aura lieu le 18 septembre prochain. 

Si elle se matérialise, cette décision serait bénéfiques aux jeunes binationaux qui, parfois soumis à la pression de leurs agents ou clubs, précipitent leur choix international, et se retrouvent bloqués. Néanmoins, le décret divise. Le privilège de représenter officiellement deux sélections au cours de sa carrière est aboli depuis 1964. Et même symboliquement, le joueur s’en verrait déresponsabilisé, et cette règle pourrait sembler “trop facile” pour les binationaux, qui considèreraient leur patrie d’origine comme un choix par défaut. Par conséquent, rien n’est encore fait !

Une chose est sûre : d’ordinaire si procéduriers sur les naturalisations, les pays européens savent parfaitement faire des exceptions… Les sélections africaines l’apprennent encore à leur dépens. Espérons qu’elles en tireront les leçons, si variées soit-elles.