Le 7 février 2016 reste une date gravée à jamais dans la mémoire du football congolais. Ce jour-là, les Léopards de la RD Congo remportaient le Championnat d’Afrique des nations 2016 au Rwanda. Dix ans plus tard, Junior Baometo, l’ancien international congolais, vainqueur du CHAN 2016, a accepté de revenir sur ce titre historique et sur son impact dans sa vie.
Que représente pour toi la date du 7 février 2016 ?
C’est un souvenir immense. Le 7 février 2016, j’ai remporté ma première médaille continentale et le premier grand trophée de ma carrière. Sur le plan personnel, je dois énormément au CHAN, car cette compétition m’a beaucoup apporté. J’ai d’ailleurs regretté d’apprendre qu’elle allait être dissoute. Le CHAN mettait en valeur les joueurs évoluant dans les championnats locaux, contrairement à la CAN où les joueurs évoluant en Europe sont davantage médiatisés. C’était une vitrine exceptionnelle pour nous.
17 janvier 2016 : RDC vs Éthiopie : 3-0
Gauche à droite : Kimwaki (c), Bompunga, Baometo, Munganga, Mechack, Luvumbu, Lusadisu, Lomalisa, Bope, Bolingi – Matampi (gardien)
Qu’est-ce qui faisait la force de votre équipe ?
Notre plus grande force, c’était la cohésion. Malgré le fait que nous évoluions dans des clubs différents, nous nous connaissions tous très bien. L’entente était naturelle.
Ensuite, nous avions de la qualité à chaque poste. Le championnat national était très compétitif à l’époque, avec une rivalité saine entre les clubs, ce qui élevait le niveau général.
Il faut également souligner l’encadrement technique de Florent Ibenge, véritable chef d’orchestre de cette équipe. Dans un contexte difficile, il a su nous guider vers le titre.
Enfin, les institutions ont joué leur rôle. Le président de la République de l’époque, Joseph Kabila, s’était personnellement impliqué pour la réussite de cette campagne à travers le ministre des Sports Denis Kambay qui collaborait étroitement avec la fédération. Chacun a joué sa partition.
Quel est le match le plus mémorable pour toi ?
Sans hésitation, la finale contre le Mali battu 3-0. Avant le match, dans les vestiaires, nous avons reçu un appel de Robert Kidiaba, une légende du football congolais. Il nous a rappelé que la RDC avait remporté le CHAN 2009 et que nous étions capables de faire de même. Il a insisté sur le fait que chaque fois que la RDC s’est retrouvée en finale, elle l’a remportée. Nous n’avions pas le droit d’échouer.
Puis, le président Joseph Kabila nous a également appelés en visioconférence. Il nous a demandé de rendre le pays fier, avec des promesses de récompenses. Cela a galvanisé notre moral. Grâce à Dieu, nous avons gagné avec la manière.
Et ton pire souvenir durant la compétition ?
La défaite 1-3 contre le Cameroun. J’étais blessé et je n’ai pas pu jouer. Rester sur le banc avec le sentiment de ne pas pouvoir aider son équipe est une vraie souffrance pour un joueur. Heureusement, cette défaite n’a pas compromis notre qualification pour les quarts de finale.
Junior Baometo et son épouse lors d’une action avec sa fondation
Dix ans après ce sacre, que deviens-tu ?
Après ma carrière, j’ai décidé de me former. J’ai repris mes études et je termine actuellement un bac+5 en sciences et techniques du développement. Je m’implique également dans la fondation de mon épouse, où j’occupe le poste de vice-président. Parallèlement, je reste actif dans le football où j’envisage à terme, de prépare ma licence d’agent FIFA via la fédération congolaise.
Je suis aussi manager du club ELK47 du président Tshimanga, actuellement 5e à l’EPFKIN (au moment de l’interview), et membre du collège des managers du FC Les Aigles du Congo.
Avec le recul, qu’est-ce que ce CHAN t’a réellement apporté ?
Dans le football, on peut gagner des titres et de l’argent. Le plus difficile reste de bien préparer l’après-carrière.
Si j’ai pu accomplir tout ce que je fais aujourd’hui, c’est grâce à ma carrière, et surtout grâce au CHAN 2016. Tout a véritablement commencé avec ce sacre au Rwanda. Il a marqué un tournant décisif dans ma vie, aussi bien sur le plan sportif que social.
Ce titre a changé le regard des clubs sur moi. Il m’a permis d’obtenir une reconnaissance nationale, notamment à travers la médaille de Mérite Sportif que nous avons reçue du Président. Il m’a aussi apporté une stabilité financière et familiale.
Grâce à cela, j’ai pu fonder une famille et offrir à certains de mes enfants la possibilité d’étudier en Europe.
Dix ans après, le 7 février 2016 reste bien plus qu’un souvenir sportif pour Junior Baometo. C’est le point de départ d’une nouvelle vie — celle d’un homme qui a su transformer un exploit collectif en tremplin pour son avenir.
