RDC – Maroc : duel de fauves en grand format

Par Muko
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Rugir au Qatar… imaginez un peu ?

Après avoir dominé son groupe en éliminatoires, la RD Congo a une chance de s’inviter à la grande messe du football. En perspective, une aubaine inespérée pour s’échapper d’un contexte de crise persistant au sein du football congolais. Le sésame est désormais à décrocher, mais il faudra s’accrocher….

Pour accéder à la deuxième phase finale de leur histoire, les Léopards devront prendre le meilleur sur les Lions de l’Atlas Marocains. Revancharde après une CAN manquée, la bande à Vahid Halilhodzic représente un obstacle de taille, mais loin d’être insurmontable. Sous la houlette de l’austère mais expérimenté Hector Cùper, nos fauves jetteront, sans aucun doute, toutes leurs forces dans la bataille. On a rarement senti un groupe aussi motivé. Et puis, avouons-le. La fête serait tellement belle…

Un parcours du combattant…

Cette qualification a été acquise dans la douleur. Ce qui peut paraître surprenant au premier abord , les Léopards ayant hérité d’un groupe plutôt abordable (Bénin, Madagascar et Tanzanie). Mais loin de rassurer, la RDC concédait d’entrée un match nul à Lubumbashi face aux Taifa Stars (132ème nation mondiale). Timorés dans le jeu, répartis en un 4-4-2 désuet et peu créatif, les fauves enchaînaient avec un deuxième match nul terne au Bénin, sur le même score, quatre jours plus tard. A l’issue de la première journée, les critiques fusent. Le seul point positif qui fait l’unanimité, en fin de compte, c’est le retour de Dieumerci Mbokani, décisif sur les deux matchs. Pour le reste, ni Cùper, ni les joueurs ne sont épargnés et le doute s’installe déjà… 

Il sera dissipé un mois plus tard, avec la première victoire de la campagne décrochée au Stade des Martyrs devant Madagascar. Un succès acquis avec la manière face aux Barea, et le pari réussi de Cùper dans l’entrejeu, avec la paire Samuel Bastien – Edo Kayembe. Malheureusement, les supporters congolais vont déchanter trois jours plus tard. Méconnaissable par rapport au match aller, la RDC s’incline à Antananarivo dans des conditions très tendues (0-1). Une déconvenue qui passe mal face au dernier du groupe, qui n’avait pas glané le moindre point au coup d’envoi. Qui plus est, face à un adversaire ayant pris des allures de rival, depuis la CAN 2019. Le jeune gardien du PSG Mathyas Randriamamy (18 ans) n’est même pas inquiété une seule fois pour sa première cape. Inquiétant…

En novembre, c’est donc loin d’être tranquilles que les Léopards abordent la dernière journée des éliminatoires. La confiance des supporters est en berne, les joueurs sont raillés, et le staff est fortement remis en question. 

Mais avec la RD Congo, une qualification s’est rarement faite l’esprit tranquille. En 2022, les fans ont du mal à compter les remèdes anti maux de tête, les calculatrices et de gouttes de sueur dépensés au cours de la dernière décennie. Et cette phase éliminatoire ne fait pas exception.

La désillusion, une partie de l’équipe en a vécu. Un soir de septembre 2017 à Kinshasa face à la Tunisie, par exemple, revient encore hanter certains supporters. Et c’est en partie cette expérience qui permettra aux Léopards de battre sèchement la Tanzanie chez elle (3-0) avant d’assurer la qualification à domicile devant le Bénin (2-0). On a connu pire dénouement ! 

Avant d’entamer la seconde partie de cette campagne, moins longue mais plus ardue, les Léopards ont fait le plein de confiance. Et le 25 mars, il en faudra…

RDC-Maroc : grand format 

 

La relation RDC-Maroc a toujours été fraternelle. Diplomatiquement, les deux pays entretiennent un rapport privilégié depuis de longues décennies. Mais à partir de  ce vendredi 25 mars, Lions et Léopards joueront de leurs crocs, en deux manches, pour aller rugir au Qatar. Concrètement, qui a le plus de chances de l’emporter ?

Des Lions revanchards, mais tourmentés…

24ème mondial et 2ème en Afrique, le Maroc partira favori (eh oui, qu’on le veuille, où non…) pour cette double confrontation. Depuis l’arrivée de Vahid Halilhodzic à la tête de la sélection, les Chérifiens ont notamment enchaîné 20 matchs sans défaite, jusqu’à la CAN et ce revers en prolongations contre l’Egypte. Surtout, la bande à Romain Saïss a surclassé son groupe en éliminatoires (6 victoires en 6 matchs). En effet, la Guinée, la Guinée-Bissau et le Soudan se sont tous fait rosser à domicile comme à l’extérieur. Plus impressionnant encore, seule la Guinée est parvenue tromper la vigilance de Yassine Bounou, avec un but symbolique inscrit, pour quatre encaissés. Solides derrière, donc… et tranchants devant : l’armada offensive s’est fait plaisir pendant la campagne, avec pas moins de 20 pions inscrits.

Cependant, ce plein de confiance engrangé en éliminatoires n’aura pas empêché les Lions de l’Atlas d’échouer dans un de leurs objectifs majeurs : la CAN. Sortis premiers d’un groupe composé du Gabon, des Comores et du Ghana, ils éliminent difficilement le Malawi en huitièmes, avant de se casser les dents sur l’Egypte en quarts de finale (défaite 2-1 après prolongations). Une défaite décevante, qui est venue bousculer beaucoup de certitudes longuement acquises.

En effet, les victoires ont longtemps permis à Vahid Halilhodzic de répondre de la meilleure manière aux critiques répétées des médias marocains, qui pointaient un jeu trop vertical et peu spectaculaire, ainsi que sa brouille avec plusieurs “stars” de l’équipe (Hakim Ziyech et Noussair Mazraoui notamment, qui ne participeront pas aux barrages). Désormais, l’échec à la CAN est donc imputé à ses choix. De quoi faire s’effondrer toute une confiance solidement installée depuis deux ans ? Pas forcément, mais au moins de l’ébranler. 

Et désormais, c’est aux Léopards d’en profiter ! 

La RDC : volontaire, mais dispersée…

De son côté, la RDC s’est extirpée, non sans difficulté, d’un groupe abordable sur le papier, sans le surclasser (une défaite, deux matchs nuls). Après un démarrage délicat, les Léopards ont semblé monter en puissance et en confiance au fil des rencontres, pour finir sur deux copies sans bavure pour les deux dernières journées (5 buts inscrits, aucun encaissé). Le jeu particulièrement défensif prôné par Cùper (38% de possession de balle face à la… Tanzanie) n’est clairement pas spectaculaire. Mais s’il est respecté à la lettre, les contre-attaques qu’il engendre peuvent s’avérer efficaces. Le 4-4-2 à l’ancienne et discipliné, permet aux Léopards de bien couvrir le terrain en phase défensive, et de se projeter rapidement vers l’avant en attaquant. Les trois buts inscrits face à la Tanzanie en sont un bel exemple. Ce système laisse également place à la complémentarité entre Dieumerci Mbokani et Cédric Bakambu en attaque. Utilisé comme attaquant de fixation, le premier permet au second de prendre la profondeur, dans son registre préféré. Avec 4 buts inscrits et 1 passe décisive délivrée en six matchs, le retour du vétéran a été particulièrement prolifique. Quant à Bakambu, on espère que son retour à la compétition avec son nouveau club, l’Olympique de Marseille, lui permettra d’être plus tranchant que lors de la campagne d’éliminatoires. 

Les Léopards n’auront, toutefois, pas l’avantage de la cohésion. En disputant la CAN ensemble, ainsi que plusieurs matchs amicaux, les Lions de l’Atlas se connaissent mieux, et ont eu davantage de temps pour implémenter des automatismes. La RDC, elle, va composer avec plusieurs arrivées (Wissa, Bongonda) ou retours (Mpoku) qui n’auront pas eu l’occasion d’incorporer pleinement la tactique de Cùper avant cette rencontre cruciale. Il faudra faire avec.

En revanche, une statistique peut donner confiance aux supporters pour le match aller. Les Léopards n’ont pas perdu au Stade des Martyrs depuis 6 matchs, soit le 13 octobre 2018 et une défaite devant le Zimbabwe (1-2). Mieux encore, la RDC n’a pas encaissé le moindre but en match officiel dans son antre depuis cette date.

Les Marocains ont l’avantage d’avoir quelques joueurs de classe mondiale (Bounou, Hakimi, voire En-Nesyri) mais la liste des Léopards reste, elle aussi, alléchante. Tout autant que ce duel entre fauves ambitieux…

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