Ils l’ont fait.
52 ans après leur première participation, les Léopards retrouveront la Coupe du monde. Un parcours long, difficile, passé par un tournoi de barrages aux allures de chemin de croix, où l’équipe a montré de solides ressources mentales.
Mais au-delà du terrain, que signifie réellement cette qualification pour la RDC et son football ?
L’unité
Le symbole est fort.
Après 99 frustrantes minutes face à la Jamaïque, c’est Axel Tuanzebe qui a délivré tout un peuple. Né à Bunia – bien qu’originaire de l’Équateur – il a suscité une immense fierté dans son Ituri natal, troublé par les conflits, à l’image du Nord-Kivu voisin.
À Goma comme à Bukavu et les régions sous occupation, les célébrations ont été à la hauteur de celles de Kinshasa ou de Lubumbashi, si ce n’est encore plus intenses car chargées de symboles.
Alors que le pays est divisé sur un plan politique qui instrumentalise les divisions ethniques, le football a joué son rôle de vecteur d’unité, et à rappeler un fait essentiel : le Congo reste un et indivisible.
Une force mentale retrouvée
Ce parcours restera celui de la résilience.
Les Léopards ont éliminé le Cameroun, leur bête noire depuis près de trois décennies, avant de faire tomber le Nigeria et son armada offensive puis la Jamaïque au terme d’une partie âpre à 1500 mètres d’altitude sous un soleil de plomb. À chaque fois, dans la douleur. À chaque fois, dans les derniers instants.
91e minute, tirs au but, 99e minute…
Longtemps point faible de la sélection, cette solidité mentale semble désormais être devenue une arme. Un tournant amorcé depuis la CAN 2023, et qui pourrait s’avérer précieux sur la scène mondiale dans deux mois.
Mais des défis structurels
Cette équipe est aussi le reflet des paradoxes du football congolais.
Si la diaspora continue de démontrer toute sa richesse, avec une sélection largement composée de joueurs formés à l’étranger, la faiblesse de la formation locale reste préoccupante.
Seuls 5 joueurs sur les 26 convoqués pour les barrages ont été formés en RDC. Un chiffre trop faible pour un pays estimé à plus de 100 millions d’habitants et aussi riche en talents.
Cette qualification doit servir de déclencheur. Les ressources financières générées doivent être investies dans la formation (à commencer par les formateurs eux-mêmes), la structuration des académies, la reprise en main du championnat et la détection des talents à travers toutes les provinces.
Sans cela, le football congolais restera majoritairement dépendant de l’extérieur et se privera de son vivier principal. Ce qui serait une stratégie très contre-productive à long-terme.
Un état d’esprit à maîtriser
Tout n’a pas été parfait.
Entre la qualification le 31 mars et des célébrations organisées cinq longs jours plus tard à Kinshasa, le timing du retour des joueurs a suscité des tensions avec certains clubs.
À cette période clé de la saison, ces choix peuvent avoir des conséquences directes sur le temps de jeu, et donc sur leur préparation pour la Coupe du monde… ce qui peut être préjudiciable dans un groupe où le temps de jeu fait déjà défaut à certains postes.
Les récompenses accordées aux joueurs sont compréhensibles, au regard de l’exploit accompli. Mais au cours du mondial, il faudra conserver la faim, l’humilité et l’exigence qui ont permis d’en arriver là.
Une opportunité de rayonnement
Au-delà du prestige d’une participation, et l’opportunité de participer à la première édition à 10 nations africaines – n’en déplaise à Gennaro Gattuso – la Coupe du monde 2026 doit être une vitrine pour la RDC.
Notre pays a beaucoup à apporter au monde et possède une richesse culturelle immense, encore trop peu valorisée à l’international. Le football est un potentiel levier puissant de soft power, comme l’a démontré – entre autres – l’aura de Lumumba VEA lors de la CAN. Espérons d’ailleurs qu’il puisse, avec les animateurs, avoir cette fois son visa pour l’Amérique …
Mais cela nécessite une vision, une stratégie et une volonté politique claire.
Cette coupe du monde ne doit pas être un événement, mais une base sur laquelle capitaliser. Pour l’équipe … et pour le pays.
