Pré-liste RDC-Tunisie : un manque d’ambition ?

Par Muko
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On aurait espéré mieux…

Les Léopards profiteront des échéances FIFA libérées en juin pour affronter la Tunisie sur ses terres. Pourtant confirmé par la FECOFA (comme le Cap-Vert auparavant), le Mali n’a, de son côté, pas encore annoncé la tenue un match contre la RDC. Prudence, donc. Car la communication de la Fédération s’est malheureusement illustrée par son manque de fiabilité ces dernières semaines. Pour ce stage maghrébin, l’instance dévoile une liste de 32 joueurs, qui aurait été concotée par Daouda Lupembe, deuxième adjoint du nouveau sélectionneur Hector Cuper. Mais force est de constater que cette liste n’incarne pas le renouveau espéré, après l’échec des qualifications à la CAN, et surtout à l’aube du Mondial 2022 auquel la RDC prétend vouloir participer. Car si l’on veut être ambitieux, il faut s’en donner les moyens.

Un socle conservé, malgré plusieurs blessés…

Gaël Kakuta sera bien là !

Face à la Tunisie, le onze de départ pourrait ressembler, sauf surprise, à l’équipe-type de ces deux dernières années. Kiassumbua, Mbemba, Tisserand et N’Sakala partent favoris pour démarrer en défense. Au milieu, Paul-José Mpoku et Gaël Kakuta sont là, tout comme Yannick Bolasie, Cédric Bakambu ou encore Jackson Muleka en attaque. Entre problèmes administratifs pour les uns, blocage des clubs liés au COVID, et blessures pour les autres, les cinq derniers cités ont trop peu joué ensemble. Espérons que cette fois soit la bonne. Car ce match amical est, paradoxalement, plein d’enjeu. Avec ce stage, les Léopards doivent reconstruire la confiance nécessaire pour aborder sereinement le premier match des qualifications au Mondial en septembre prochain. Les éliminatoires commencent donc en Tunisie. 

En revanche, certains joueurs importants manqueront à l’appel… concernant Arthur Masuaku, son genou opéré n’a pas encore fini de lui causer des soucis. Le latéral de West Ham est donc forfait sur blessure, tout comme Neeskens Kebano, touché au dernier match de Middlesbrough. Toutefois, Samuel Moutoussamy, qui a pourtant retrouvé du temps de jeu aux Pays-Bas manque à l’appel. Quant à Yoane Wissa, auteur d’une très belle saison en Ligue 1, il a fait part à la Fédération qu’il ne pourrait pas honorer la convocation, car il attendait un heureux événement pour le mois de juin. Néanmoins, la femme du joueur a finalement donné naissance à leur enfant dans la semaine. Le joueur est donc, techniquement, disponible pour la rencontre. Si la Fédération prend en compte ce changement, son nom pourrait réapparaître dans la liste finale.

… mais un effectif très (trop) expérimenté…

La plupart des cadres sont là, d’accord… mais n’est-il pas temps de préparer l’avenir ? En 2022, Yannick Bolasie aura 33 ans, N’Sakala 32 ans, Bakambu et Kakuta 31 ans, Mpoku 30 ans… ces joueurs garderont sans doute un rôle important, mais il s’agira peut-être de leur dernier tournoi international, si tenté que la RDC parvient à se qualifier. A quelques mois des éliminatoires, il est plus qu’urgent d’intégrer des jeunes joueurs prometteurs pour préparer la relève. Mais dans cette liste, les joueurs de moins de 25 ans se comptent sur les doigts d’une main estropiée.

De plus, Pelly-Ruddock Mpanzu, seul joueur qui découvrira la sélection à l’occasion, a 27 ans. L’arrivée du milieu de Luton Town est une bonne chose, car son profil manquait dans l’entrejeu. Mais en match amical, il y avait  aussi l’occasion de tenter sa chance avec d’autres binationaux…

… et dépourvu de jeunes talents…

Théo Bongonda (Genk) fait partie des binationaux qui auraient pu être contactés pour cette rencontre…
Photo : Walfoot

Pour commencer, dans les buts. Joel Kiassumbua a récemment prouvé qu’il avait bien besoin d’être concurrencé. Lionel Mpasi (26 ans), déclarait en janvier dernier à notre média vouloir représenter la RDC. Mais le portier de Rodez, titulaire en club et auteur d’une excellente saison en Ligue 2, n’a pas été convoqué. Il n’y aurait pourtant eu aucun problème à faire venir le natif de Meaux avant sa naturalisation, car un match amical ne nécessite pas de passeport congolais. 

En défense, on espère voir Gédéon Kalulu (23 ans) enfin obtenir sa chance comme titulaire au poste d’arrière-droit. Et si espérer Aaron Wan-Bissaka avant que l’Angleterre publie sa liste pour l’Euro s’apparente à une utopie, on aurait aimé voir la RDC tenter sa chance avec d’autres jeunes Anglo-Congolais comme Jérémy Ngakia (21 ans) monté en Premier League avec Watford, ou le natif de Kinshasa Salem M’Bakata (23 ans) qui a franchi un cap avec Sochaux. Et puis pourquoi pas Axel Tuanzebe (23 ans) qui n’a disputé que 7 matchs avec Manchester United cette saison ? Idem pour Japhet Tanganga (22 ans, Tottenham) et Jordan Teze (21 ans) qui impressionne avec le PSV Eindhoven. Rien ne garantit qu’ils auraient accepté l’invitation, mais le principe d’une pré-sélection est que l’on peut se rabattre sur la liste finale en cas de désistements. Ces invitations auraient envoyé un message clair aux binationaux, et sur la volonté de la RDC de compter sur eux pour bâtir une équipe compétitive, avec le Mondial en perspective.

Au milieu, le prometteur Charles Pickel (23 ans), grand artisan de la belle saison de Grenoble, avait fait part de son ouverture pour la RDC lors de ses contacts avec le précédent staff. Insuffisant pour le tester en simple match amical… On peut aussi mentionner David Kinsombi (25 ans Hambourg), avec qui la RDC n’a jamais tenté sa chance, malgré un profil intéressant et une saison pleine (26 matchs, 4 buts, 4 assists). Cette liste ressemble donc à une belle occasion gâchée pour approcher concrètement des jeunes talents compétitifs, et leur présenter le projet de la Coupe du Monde. 

Enfin, qui dynamitera les avants-postes ? Sur les ailes, Yannick Bolasie pourra apporter sa folie, mais n’a plus sa pointe de vitesse d’antan. Si Wissa est absent, seul Cédric Bakambu apparaît capable de prendre la profondeur. Mais Grady Diangana (23 ans) a été relégué en D2 avec West Bromwich après une saison compliquée en Premier League. Au vu de son potentiel, n’est-ce pas le moment idéal pour faire appel à lui ? Et même contacter Stephy Mavididi (23 ans) en pleine progression avec Montpellier (9 buts) ? Non retenu pour l’Euro avec la Belgique, Théo Bongonda (25 ans) a réalisé une excellente saison avec Genk (14 buts, 6 passes décisives) et aurait également pu être approché. Quant à Isaac Mbenza (25 ans), il avait affirmé à notre rédaction qu’il ne fermait pas la porte à la RDC. Après sa saison intéressante en club (8 buts, 5 passes décisives en Championship), ne méritait-il pas un appel ?  En bref, la liste est sans fin. 

… mais les joueurs locaux sur-représentés…

Malgré le vivier de joueurs éligibles évoluant en Europe, la liste compte 18 joueurs sur 32 évoluant sur le continent africain, dont 11 en Linafoot. Pourtant, les résultats en Coupes continentales cette saison le prouvent, et le CHAN le confirme : la « génération dorée » des joueurs locaux qu’à connu la RDC de 2009 à 2013, puis en 2016, est tarie depuis longtemps. Pourquoi donc s’entêter à s’appuyer sur autant de joueurs locaux ? Si l’on veut réellement être ambitieux et disputer cette Coupe du Monde, c’est difficilement compréhensible. Car si l’on doit comparer en termes de niveau… la Linafoot est-elle équivalente à la D2, voire même à la D3 française, par exemple ?

A titre d’exemple, regardons ce qui se passe ailleurs. Les cinq premières nations africaines au classement FIFA (Sénégal, Tunisie, Algérie, Nigeria, Maroc) s’appuient toutes sur une solide ossature d’expatriés et de joueurs évoluant en Europe pour avoir des résultats. Et quasiment à chaque rassemblement, un nouveau binational rejoint leur effectif. Les meilleurs talents du championnat local peuvent également être appelés, mais représentent rarement plus de cinq joueurs dans le groupe. Ce modèle ambitieux conviendrait parfaitement à la RDC.

Mais on voit venir les contradicteurs… la Tunisie représente un léger contre-exemple, avec une proportion de joueurs locaux plus élevée. Mais ne comparons pas l’incomparable. Le championnat tunisien est bien mieux organisé que la Linafoot, et dispose d’infrastructures plus optimales au développement d’un football de qualité. Car en RDC, le vivier local a beau être doué, l’état désastreux des infrastructures sportives à travers le pays et l’absence d’un système de formation compatible avec le haut niveau devrait empêcher, pour l’instant, la Linafoot d’être une source de vivier pour les Léopards A. Pour offrir à nos locaux une visibilité, le CHAN est l’une des meilleures inventions de la CAF. Mais dans le système actuel, c’est notre vivier d’expatriés et de « binationaux » qui sera crucial pour nous permettre de rivaliser avec les meilleures nations du continent.

Il serait grand temps que les responsables de notre football le comprennent. Car en termes de potentiel, la RDC n’a rien à envier au top 5 continental. Une seule chose les distingue de nous : la volonté. 

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