Focus : Mavididi, à toute allure !

Focus : Mavididi, à toute allure !

@ 11 Fév 20 3311

Auteur d’un doublé et d’une passe décisive face à Nantes samedi dernier (3-3), Stephy Mavididi (21 ans) dévoile son talent en Ligue 1. Arrivé à Dijon sans grande pompe cet été, l’ailier d’origine congolaise prêté par la Juventus affiche de vrais signes de progression. Portrait.

Après des débuts poussifs en Angleterre…

  • 20 février 2017. Une séquence du match Charlton-Rochdale en League One (D3) fait le tour des réseaux sociaux sportifs en Angleterre. Un jeune de 18 ans, alors inconnu au bataillon, récupère la ballon dans sa surface après un coup-franc adverse. A peine entré en jeu, il lance une contre-attaque… à lui seul. Sans prêter attention aux appels de ses partenaires, il se lance dans une chevauchée fulgurante, et élimine cinq adversaires comme des plots. Mais après avoir transpercé le terrain en dix secondes chrono, il perd sa lucidité face au gardien, et tire droit sur lui. Quel dommage… Car si un but avait conclu l’action, il aurait sûrement été plébiscité, dans un championnat davantage réputé pour ses tacles à la gorge que ses exploits individuels.
  • Ironie du sort (du moins, on l’espère…) Stephy Mavididi venait de remplacer Jordan Botaka, qui évoluait à l’époque à Charlton. Mais cette exploit inachevé symbolise le début de carrière du jeune ailier lorsqu’il évoluait dans son pays natal, l’Angleterre.
  • Natif de Derby, dans le centre du pays, il est repéré par Arsenal à l’âge de 12 ans. Surclassé à l’Académie des Gunners, il passe professionnel en juillet 2015, cinq ans après son arrivée. Malheureusement, il rate son premier prêt à Charlton (5 matchs, aucun but) où une blessure met un terme à sa saison dès le mois de mars. Toutefois, il retrouve rapidement preneur, à Preston North End, cette fois en Championship. Mais gêné par les blessures et une irrégularité chronique, il ne parvient pas  à confirmer (10 matchs, toujours aucun but).
  • Au bout de six mois, il est envoyé une seconde fois Charlton pour terminer la saison, où l’entraîneur Karl Robinson est convaincu de son potentiel : “C’est un bon petit, honnête, et qui veut apprendre. Clairement, il a tous les aspects pour avoir une très belle carrière. Je lui prédit un avenir brillant“. En effet, Mavididi travaille dur, et ça finit par payer. Auteur de deux buts et d’une passe décisive sur ses quatre premiers matchs, il réalise un excellent début de saison… jusqu’à ce qu’un claquage tendineux vienne lui couper la route. De retour deux mois plus tard, il ne s’illustre que par intermittences, et revient penaud à Arsenal. Le club lui fait alors comprendre qu’il n’aura pas sa chance en équipe première.

La Juve lui a fait un bien fou !

  • Néanmoins, son talent affiché avec Charlton et la réserve des Gunners est évident. Il est repéré par Claudio Chiellini, coordinateur des U23 de la Juventus. Le frère de Giorgio se laisse convaincre par un scout du club, qui suivait le joueur depuis trois saisons. Par conséquent, les Bianconeri le chipent à son club formateur.
  • Initialement recruté pour évoluer avec la réserve, il réalise une saison correcte en Série C (36 matchs, 6 buts, 1 passe décisive). En Italie, il progresse beaucoup tactiquement grâce à la rigueur de la « Vieille Dame » et travaille dur à l’entraînement. Résultat des courses : Claudio Chiellini le récompense en l’envoyant faire ses gammes avec les pros.
  • A Vinovo, il réalise son rêve en côtoyant son idole, Cristiano Ronaldo, qu’il observe énormément. Assez inespéré quelques mois plus tôt ! De plus, il fait face à de véritables clients à l’entraînement en la personne de Leonardo Bonucci et Giorgio Chiellini. Un apprentissage à la dure, qui lui a beaucoup servi : « Face à eux, tu n’as une fraction de seconde pour exécuter ce que tu veux faire. Ils te rentrent dedans immédiatement » raconte-t-il. « Tu as très, très peu de temps… ils m’ont appris à penser rapidement et à agir beaucoup plus vite. »
  • Aguerri par la compétition et stimulé par la qualité du groupe, Mavididi est convoqué par Massimiliano Allegri contre la SPAL, alors que la Juve n’est qu’à un pas du Scudetto. Entré à la 69ème minute à la place de son ami Moise Kean, il apparaît en pleine confiance. Ses accélérations et dribbles déstabilisent la défense à plusieurs reprises, mais il ne parvient pas à marquer. Fortement remaniée, la Juve s’incline 2-1. Les Bianconeri attendent la journée suivante, face à la Fiorentina (2-1) pour fêter officiellement leur titre. Bien que sur la feuille de match, Mavididi n’entrera pas en jeu.

Dijon : l’envol ?

  • Ayant désormais goûté aux joies du football d’élite, retourner jouer en troisième division italienne aurait été un coup dur pour Mavididi…
  • Et c’est en partie grâce à l’influence de Peguy Luyindula, nouveau conseiller stratégique de Dijon, que Mavididi débarque en France. L’ancien international français d’origine congolaise, qui a également fait venir Glody Ngonda, parvient à convaincre le joueur. La Juventus le laisse partir en prêt, avec option d’achat. Cependant, la Vieille Dame, n’est encore sûre de laisser filer son joueur, et ajoute une clause de rachat pour avoir la priorité de le reprendre l’an prochain.
  • Initialement recruté pour jouer sur l’aile gauche, Mavididi est finalement lancé dans l’axe, pour pallier la blessure du Cap-Verdien Julio Tavares. Après un léger temps d’adaptation, il s’impose comme un titulaire en puissance. Au sein d’une équipe jouant le maintien, il est le meilleur buteur des bourguignons, à égalité avec Tavares. Bien plus calme en possession qu’à ses débuts, son sens du collectif s’améliore. Dangereux grâce à sa vitesse et ses prises du profondeur, il se montre de plus en plus adroit à la finition.
  • Charmé par le joueur, Dijon s’est déjà montré intéresser pour récupérer le joueur en cas de maintien, mais rien n’est moins sûr… Car le principal objectif de Mavididi cette saison est de se faire repérer par une écurie de Premier League, qu’il n’a encore jamais disputé.

Et la sélection ?

  • International avec les Three Lions depuis les U17, Stephy Mavididi n’a pas été appelé depuis 2017, avec les U20. Pour la petite histoire, il avait joué un sale tour à son pays d’origine en octobre 2015, lors du match remporté 8-0 face aux léopards U20, en inscrivant le quatrième but.
  • Désormais, le joueur semble un peu plus accessible pour la RDC. La forte concurrence à son poste en équipe d’Angleterre A, par des joueurs de sa génération (Jadon Sancho, Mason Mount, Callum Hudson-Odoi…) pourrait l’inviter à y réflechir. Alors que la génération “Fimbu” approche de la trentaine, un renouvellement d’effectif devra s’opérer, notamment en vue du mondial 2022. Et un joueur comme Mavididi représenterait un bel atout…
  • Dans un futur proche, le joueur pourrait éventuellement se laisser tenter par le tournoi Maurice Revello, que la RDC disputera au mois de mai. Considéré comme amical, il n’engage pas un changement de nationalité immédiat, et ferait office de test pour certains binationaux, dont Mavididi. Ses qualités et sa fougue pourraient alors dynamiser l’attaque des léopards. Affaire à suivre…