8 questions à… Eric Tshibasu !

8 questions à… Eric Tshibasu !

@ 17 Déc 19 3352

Entraîneur de jeunes et scout de talents depuis plus de dix ans, Eric Tshibasu a vu passer du monde… Beaucoup de binationaux et locaux qui composent actuellement la sélection ont été repérés par ce technicien, qui a grandi entre Kinshasa et la Belgique. Joint par téléphone, le sélectionneur des U17 et U20 s’exprime sur un sujet qu’il connaît bien : les jeunes talents Congolais. Il y aborde notamment ses méthodes de détection, son approche des binationaux, les frustrants cas Kimpembe où  Wan Bissaka, et l’importance de la représentativité nationale en sélection.  

 

Bonjour coach ! Tout d’abord comment vous organisez vous pour repérer les talents dans un pays aussi vaste et encore peu structuré dans ce domaine ? 

Bonjour leopardsfoot ! Ce n’est pas évident, car je n’ai pas vraiment d’équipe en place. Mais ça fait longtemps que je suis dans le milieu, et j’ai pu me créer un réseau de contacts à travers le Congo, sur lequel je m’appuie.  J’ai des gens à Lubumbashi, Goma, Bukavu… qui m’envoient des images de jeunes joueurs. Après, on fait un tri par rapport aux besoins de nos équipes.  

La représentativité nationale est-elle un facteur important ?  

Oui, je me suis beaucoup battu pour ça. Aujourd’hui, c’est vrai que la majorité des jeunes qu’on a sont originaires de Kinshasa, car il y a des régions que j’ai du mal à explorer avec le peu de moyens qu’on a. Mais avec l’aide de mon réseau, je peux quand même avoir accès à des jeunes de tout le pays. Vous allez voir dans les listes que je vais donner, il y aura des jeunes de Goma, du Bas-Congo, du Katanga, du Kasaï… Et on va encore essayer d’agrandir notre panel. Ces dernières années, il y a eu pas mal de découvertes au niveau local.  

Par exemple ? 

Il n’y a même pas deux ans, j’ai repéré Isaac Tshibangu. Désormais, il est titulaire régulier à Mazembe et monte en puissance. A l’époque, avec Guy Bukasa, nous avions repéré Michée Ngalina, qui joue actuellement aux Etats-Unis (Bethleem Steel en D2, où il est prêté par Philadelphie, ndlr). Nous avions également détecté Silas Wamangituka, lorsqu’il évoluait au FC MK. Désormais, le voilà à Stuttgart après s’être révélé en France. On a plein d’exemples comme ça, donc c’est très intéressant.  

Vous avez grandi entre la Belgique et Kinshasa. Votre connaissance des deux environnements facilite-t-il également le contact avec les binationaux ?  

Bien sûr ! Cette double culture facilite énormément les choses. Etant jeune j’ai joué au Congo, mais également en Europe. Je connais donc les deux cultures, et je sais comment le système fonctionne ici et là… Quand on a ramené en sélection les Cedrick Mabwati, Marcel Tisserand etc… C’est un atout qui a été très utile.  

Selon vous, quel rôle peuvent jouer les binationaux dans la nouvelle ère qui se met en place ?  

Un grand rôle, à condition qu’ils viennent jouer pour le pays avec amour, et non pas par défaut. C’est très important pour nous, qui avons quand même beaucoup de qualité locale. Un binational, s’il doit venir, doit nous apporter un “plus” au niveau sportif et mental. Le jour où on parviendra à trouver cet équilibre-là, on aura de bons résultats.  

Qu’est-ce qui pourrait convaincre un binational d’opter, très jeune, pour la RDC ?  

Il faudrait qu’il sente qu’une réelle politique est en place. Qu’il y a une compétitivité. Aujourd’hui, les jeunes signent pro très tôt, et ressentent rapidement le besoin d’enchaîner les matchs. Un jeune aura donc besoin de savoir qu’en optant pour la RDC, il aura le moyen de jouer régulièrement.  

Alors comment éviter un nouveau cas Wan-Bissaka où Kimpembe, particulièrement frustrant pour la RDC…

On ne peut pas l’éviter ! N’oublions pas  que ces jeunes-là sont des binationaux, qui ont été formés dans les pays européens. Ils sont donc plus enclins à jouer dans les pays qui les ont formés que chez nous. On essaye de composer quelque chose mais quand il y a l’appel de ces pays-là, ça devient très compliqué. Et si vous rajoutez à ça les pressions familiales et celles des agents… Car un agent a plus intérêt qu’un jeune joueur comme un Wan-Bissaka où Kimpembe joue les qualifs de l’Euro et la Coupe du Monde contre les Pays-Bas, l’Allemagne etc, car il sera plus mis en évidence que s’il joue contre des équipes africaines. On doit simplement essayer de les convaincre et si ça ne marche pas… On a quand même beaucoup de talent au pays, et certains binationaux qui viennent plus facilement.

En avez-vous approché dernièrement ?

Bien sûr. On cherche actuellement à créer un réservoir complet, donc on a approché pas mal de jeunes en Europe. Sans regarder forcément les noms ronflants, mais plutôt ceux qui veulent déjà jouer pour le pays. On est en contact avec des joueurs évoluant dans les équipes de jeunes de Montpellier, de Caen et du PSG notamment. J’ai créé un programme pour ces jeunes qui est en attente de validation, on verra si les boss vont l’accepter !