Supercoupe : « la charité bien ordonnée commence par soi-même! »

Par Henock SEKE
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Jusqu’au bout, la RD Congo a fermement tenu à abriter l’organisation du Trophée des Champions (Supercoupe française) alors même que le sien est en “stand by” depuis 8 saisons pour des diverses raisons, dont l’aspect financier. Comme un symbole…

Déjà candidats pour accueillir l’édition 2023, qui s’est finalement déroulée à Paris, les Congolais ont poussé jusqu’au bout pour 2024, avec la Côte d’Ivoire et la Chine, qui semble avoir une longueur d’avance.

D’après les informations de RMC Sport, la Ligue de Football professionnel (équivalente à la LINAFOOT ) aurait décidé de ne pas retenir la candidature de la RD Congo pour l’organisation du Trophée des champions 2024.

Pour rappel, le dernier Trophée des Champions organisé en Thaïlande a rapporté près de 4,5 millions d’euros à la France. C’est à peu près le montant que le Congo aurait dû payer, et il pourrait varier plus que cela selon les accords.

En 2016, la dernière Supercoupe du Congo a fait face à des tracas financiers. Le TP Mazembe qui avait remporté cette édition (3-1), face au FC Renaissance, avait des problèmes de « prise en charge ».

Kasusula Kilitsho, brandissant le Trophée de Supercoupe du Congo 2016. Image : TP Mazembe !

Et malgré cela, le gouvernement congolais veut à tout prix organiser celle d’un pays européen.

C’est incohérent de depenser des sommes qui peuvent avoisinner le million de dollars pour un match, alors que le vainqueur de la LINAFOOT ne perçoit que 100.000 USD, aucun stade homologué, 3 stades abordables pour tout le pays (plus de 100 millions d’habitants), et une elite sportive qui n’a aucune politique, et ce dans tous les domaines sportifs. Alors qu’on est pas prêts.

La tenue d’événements internationaux nécessite des investissements considérables en termes d’infrastructure, de sécurité et de logistique. Il est important de noter que ces frais peuvent être difficiles à assumer pour un pays comme le nôtre confronté à des défis majeurs tels que l’insécurité persistante à l’Est, manque d’infrastructures, ainsi que des problèmes économiques et sociaux importants.

La France l’a délocalisé pour des fins commerciales !

Organisé par la Ligue de Football Professionnel depuis 1995, le Trophée des Champions est désormais tourné vers l’international depuis 2009. A l’époque, Frédéric Thiriez, alors président de la LFP, souhaitait utiliser cette Supercoupe française comme vitrine de la Ligue 1 à l’international. L’objectif est d’utiliser ce Trophée pour booster le classement TV de la Ligue 1 à l’étranger, et combler l’écart sur les championnats d’Europe. Le championnat de France n’a pas encore atteint 100 millions par saison en diffusion étrangère, alors que les 4 autres grands championnats sont bien au-dessus de ces chiffres.

Stade des Martyrs : un cadre idéal ?

Stade des Martyrs de Kinshasa. Photo : cellcom Ministère des sports.

En outre, l’état actuel du Stade des Martyrs, équipé uniquement d’une pelouse synthétique, doit également être pris en considération. Un tel événement mérite un terrain adapté aux normes internationales, offrant des conditions optimales tant pour les joueurs que pour les spectateurs. Par conséquent, des améliorations substantielles devraient être apportées à l’installation existante. De ce fait, pour ne pas decaisser les fonds publics pour un match entre deux clubs français, il serait mieux que les autorités habilitées puissent réfléchir à orienter ces moyens au développement du football local.

Pourquoi ne pas d’abord penser au développement ?

Un autre point crucial concerne le manque de modèles de développement du sport en général, et du football en particulier, au sein de l’État congolais. Avant d’envisager d’accueillir des compétitions internationales telles que le Trophée des Champions, il serait bénéfique de mettre en place des politiques et programmes visant à promouvoir le football local, encourager la participation des jeunes talents et soutenir les clubs nationaux. Cela permettrait non seulement de renforcer la base du football congolais mais contribuerait également à créer un environnement propice à l’organisation d’événements sportifs de grande envergure.

Avant d’envisager l’organisation d’un tel événement, il serait préférable de d’abord professionnaliser le football local en mettant des stratégies, ainsi que d’avoir des infrastructures adéquates. Espérons que les décideurs prendront en compte cet éditorial !

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